Défaut de prise en charge : à Nantes, le SAMU avait refusé d’intervenir auprès d’une infirmière victime d’un AVC, le CHU condamné

Crédit photo : S. TOUBON

La Cour administrative d’appel de Nantes a condamné le 21 février le CHU de Nantes et son assureur (SHAM) à verser 40 000 euros à une infirmière victime d’un AVC pour cause de faute commise par le SAMU dans la prise en charge ayant entraîné un « préjudice moral spécifique ».

Née en 1969, l’infirmière avait ressenti dans la soirée du 4 octobre 2010 des symptômes qu’elle a elle-même attribués à un AVC et a appelé le SAMU à 22 h 20. Mais le médecin régulateur, croyant à un épisode de dépression avec prise d’alcool, « a refusé de faire intervenir les secours », lit-on dans la décision. « Mme A., qui était de plus en plus paralysée du côté droit, a dû se rendre en rampant chez ses voisins de palier et heurter leur porte de la tête pour les alerter. »

Admise au CHU à 0 h 27, l’infirmière a passé une IRM. À la lecture du résultat de cet examen, l’hôpital a décidé « de ne pas pratiquer une thrombolyse en raison du délai écoulé depuis le début des symptômes et de l’extension de la dissection de l’artère vertébrale observée, et donc d’administrer à Mme A. un traitement classique ». À la suite de cet accident, la patiente a conservé un « déficit fonctionnel permanent évalué à 66 % ».

La victime a été « abandonnée par l’institution qui aurait dû lui porter secours alors qu’elle était dans un état de grande souffrance physique et morale et qu’elle avait conscience de la pathologie dont elle était atteinte et de l’urgence à intervenir », indique la Cour.

Selon un rapport d’expertise antérieur, « la prise en charge réalisée par le SAMU 44 […] a été particulièrement fautive. Les conversations ont été inadaptées, les questions très orientées et l’ensemble de cet appel reflètent une absence totale d’humanité face à la détresse que pouvait ressentir Mme A ».

En revanche, la Cour d’appel a cassé le jugement initial du tribunal administratif de Nantes, qui établissait un lien direct entre les séquelles de la victime et la faute commise par le Centre 15. « Ni le retard avec lequel le CHU de Nantes a pris en charge Mme A…, ni le fait que celle-ci a été contrainte, en conséquence de ce retard, de heurter de la tête la porte de ses voisins pour obtenir de l’aide, n’ont eu d’impact sur l’évolution de l’AVC. Dans ces conditions, il n’est pas possible de retenir un lien de causalité entre le retard fautif de prise en charge de la patiente par le Centre 15, le ou les coups portés en raison de ce retard par elle sur une porte, et les préjudices subis par Mme A… », lit-on.

La somme de 352 458 euros que le tribunal administratif de Nantes avait condamné à verser le CHU de Nantes et la SHAM a été en conséquence ramenée à 40 000 euros.

Source : www.lequotidiendumedecin.fr - Anne Bayle-Iniguez (26/02/2020)

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